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« Tanbou la ké la pou voyé Gwadloup monté » – Admiral T.
L’énergie, le courage, la beauté, le talent, c’est ça ma Guadeloupe. Plus je voyage dans les Caraïbes et plus je me rends compte des disparités entre les îles anglophones indépendantes et les DOM-TOM.

En Guadeloupe, Bouillante, est la commune où habite une bonne partie de ma famille. C’est une petite commune, qui d’ailleurs est considérée comme « la campagne » pour nombre de Guadeloupéens.
Et pourtant ! Bouillante, qui fait partie de Basse-Terre, est aussi
la première à avoir disposé d’une centrale géothermique en « France »… Une solution écologique, dans l’intérêt de l’économie guadeloupéenne, pour produire de l’électricité renouvelable grâce à des réservoirs d’eaux chaudes provenant des sous-sols. Mais, notre chère Ségolène et son ami Macron (à l’époque où il était ministre de l’Économie) ont décidé de revendre cette centrale à une entreprise américaine. De se désengager et d’abandonner un modèle de production écologique adapté, qui peut servir pour les autres territoires d’outre-mer.

Voilà l’exemple typique de comment l’État français « s’occupe » des DOM-TOM…

Une île aux belles eaux qui va mal

Être un citoyen de « France Guadeloupéen » aujourd’hui qu’est-ce que cela signifie ? Pour moi c’est simple : être noir et avoir des papiers français. Point. Pour certains ce « statut » vaut son pesant d’or. Mais à la fin de la journée comment les Guadeloupéens s’en sortent-ils ? La Guadeloupe n’est pas un territoire ou une région de France mais une « forme contemporaine » de colonie française.

Au fil des années, la Guadeloupe a traversé bien des choses. Et aujourd’hui où la diaspora africaine prend de plus en plus possession de son identité, de son Histoire, des discours médiatiques qui parlent en son nom, je suis d’avis que la Guadeloupe devienne indépendante.

L’empoisonnement au chlordécone

… C’est sidérant. En fait ce sujet me met en colère. Le chlordécone est un pesticide qui initialement avait pour objectif d’aider les agriculteurs locaux. En leur permettant de lutter contre les charançons qui détruisaient les cultures bananières, mais « […] La quasi-totalité des Guadeloupéens et des Martiniquais sont contaminés par ce pesticide ultra-toxique, utilisé massivement de 1972 à 1993 […] Une situation unique au monde. La France a fini par l’interdire en 1990. Le chlordécone a toutefois été autorisé aux Antilles jusqu’en 1993 par deux dérogations successives, signées par les ministres de l’agriculture de l’époque.

La quasi-totalité des 800 000 habitants de la Guadeloupe (95 %) et de la Martinique (92 %) sont aujourd’hui contaminés […]

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Les Antilles sont contaminées pour des siècles, car la molécule est très persistante dans l’environnement − jusqu’à sept cents ans.

A partir du début des années 2000, on a découvert que le chlordécone, qui passe dans la chaîne alimentaire, avait non seulement contaminé les sols, mais aussi les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines… et la population elle-même.

La quasi-totalité des 800 000 habitants de la Guadeloupe (95 %) et de la Martinique (92 %) sont aujourd’hui contaminés […] L’intoxication se fait essentiellement par voie alimentaire. Les plus contaminés sont ceux qui s’approvisionnent sur les circuits informels (autoproduction, don, vente en bord de route), très prisés, en particulier par les plus pauvres, mais où les aliments contiennent souvent un fort taux de chlordécone. »

Résultat aujourd’hui les Guadeloupéens sont sujets à des : troubles neurologiques, testiculaires, de la motricité, de l’humeur, de l’élocution. De la mémoire immédiate, de prématurité et de troubles cognitifs, pour les nourrissons. Mais aussi au cancer de la prostate. (« Le cancer de la prostate est deux fois plus fréquent et deux fois plus grave aux Antilles qu’en métropole, avec plus de 500 nouveaux cas par an sur chaque île. »)

Extraits de Scandale sanitaire aux Antilles : qu’est-ce que le chlordécone ?

Le coût surélevé de la consommation quotidienne

Alors qu’on demande aux Guadeloupéens de ne plus consommer tout ce qui vient de leur jardin, de leur terre et de la mer, pour éviter d’être encore plus empoisonnés. Pour « pallier » à ce problème on les pousse à consommer des produits qui coûtent 2 à 3 fois plus chers en supers marché (Super U, Carrefour hyper , Géant Casino).

Selon l’INSEE en 2015, les prix de l’alimentaire en rayons coûtaient 32,5% plus chers que ceux de la France métropolitaine. Aujourd’hui cela n’a pas changé. Les Guadeloupéens sont obligés de payer le prix fort pour consommer des produits importés de France quand ils pourraient, par exemple, en consommer venant de plus près comme les U.S.A.

Selon l’INSEE en 2015, les prix de l’alimentaire en rayons coûtaient 32,5% plus chers que ceux de la France métropolitaine.

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Le manque de concurrence entre supers marchés serait aussi une des raisons pour laquelle les prix sont élevés. Les distributeurs profitent de la situation, et font la pluie et le beau temps sur les prix de leurs produits sans que l’Etat désaprouve.

La question de l’exploitation économique a réactivé l’histoire coloniale.

« […] plein de produits de consommation courante achetés aux Antilles coûtent 30% à 40% plus chers que dans l’Hexagone. C’est le cas de l’essence alors même qu’elle est produite au Venezuela et acheminée directement de là-bas.

Les syndicalistes […] du LKP […] ont réussi à mettre en cause un système d’échange économique organisé par l’État français, qui profite principalement à la grande distribution dans laquelle ont investi des familles de blancs créoles héritières des Békés. Parce qu’elle réactive l’histoire coloniale, cette question de l’exploitation économique a parlé à une partie importante de la population. »

Extrait de Pwofitasyon

La crise de l’eau potable

C’est un problème qui existe depuis déjà 30 ans. À ce jour la Guadeloupe détient un record national de perte d’eau (64%). Pour pallier à ça les services d’eau ravitaillent les communes à tour de rôle, selon un planning établi chaque semaine… On vit en plein délire.

Je n’aurais jamais pensé voir ce type d’incident arrivé à notre époque dans mon île. De nombreuses coupures d’eau se déclenchent en Guadeloupe à cause du mauvais entretien du réseau de distribution… Les coupures d’eau interviennent chaque semaine dans certaines communes ce qui obligent beaucoup de Guadeloupéens à faire des stocks d’eau dans des barils pour pouvoir se laver, manger et s’hydrater. Cette même eau qui est elle même aussi contaminée par le chlordécone. Je n’évoque ici « que le cas » des citoyens car est embarqué dans ce bordel les hôpitaux et autres établissements de soins sanitaires.

Aujourd’hui pendant que j’écris ces lignes plusieurs de nos compatriotes vivent sans eau potable et sans eau courante.

D’année en année le réseau de distribution d’eau courante s’est lamentablement détérioré en Guadeloupe. On parle carrément de crise ! « Le réseau est constitué en partie de matériaux abandonnés depuis longtemps (fonte grise, amiante ciment, voire PVC coll.). Ce constat traduit l’insuffisance du renouvellement […] certains équipements d’origine, trop anciens, sont souvent encore en place et ne fonctionnent plus, s’ils ont jamais fonctionné. » Pour régler cette crise, il faudrait près de 600 millions d’euros et à date seulement 71 millions d’euros a été voté en plan d’urgence en janvier 2018.
Il faut sans tarder rechercher par toutes les voies possibles les moyens de réduire les conséquences de la crise de l’eau en Guadeloupe pour la population. »

Extrait de L’audit sur l’eau potable en Guadeloupe du Ministère de l’Intérieur

Le CHU de Pointe-à-Pitre dans un état horrifiant

Novembre 2017, un incendie dans le CHU de pointe-à-Pitre (capitale de l’île) ruine une grande majeur des services. Pendant 20 mois, moisissures, fuites, diffusion de la condensation de suie dans tout l’établsisement, effondrements de dalles, services délocalisés, invasions d’insectes, sont devenus le quotidien du personnel hospitalier. L’établissement étant en déficit de près de 49 millions d’euros, impossible de prendre en charge les rénovations.
En termes de non respect des règles sanitaires on est, je pense, au summum de ce qu’il peut exister aujourd’hui pour un hôpital en France. C’est quand même le seul CHU de l’île !

« Nous sommes au deuxième sous-sol, dans un bâtiment qui avait été maquillé au préalable avec des peintures refaites et l’installation de l’arrivée des fluides comme l’oxygène », témoigne-t-elle. Un an plus tard, l’eau s’infiltre, surtout en période cyclonique estivale, la moisissure s’installe. « Les enfants sont exposés à un air vicié. » Quand il pleut fort, le personnel travaille auprès des prématurés avec les pieds dans les flaques.
Extrait de Au CHU de Pointe-à-Pitre, la crise sociale s’incruste

Mobilisés avec les autres établissements hospitaliers de France, fatigués de travailler dans des conditions exécrables et mal payés, les Guadeloupéens ont joint le mouvement national de grève aux urgences.

Mais pour la Guadeloupe l’enjeu est encore plus important. Petite île loin de la France qui doit faire avec une politique gouvernementale qui se soucie peu voire pas du tout d’elle. Et qui doit faire avec un CHU déplorable.

« En réalité cet incendie, n’a fait que révéler au grand jour, ce que les syndicats ne cessaient de répéter depuis des années.

Du seul fait des politiques budgétaires d’austérité des différents ministres français de la santé (, Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot, Laurence Rossignol, Agnès Buzuyn) Le CHU de Pointe à Pitre est devenu au fil des ans, un hôpital de misère, un hôpital misérable.

Bien avant l’incendie de novembre, souvent les ascenseurs étaient en panne, la climatisation déficiente, les systèmes de sécurité obsolètes ou hors service. Alors pour calmer les esprits et ne pas répondre aux exigences répétées des syndicats et donc faire diversion, l’ARS (Agence Régionale de Santé) fait depuis 2007 fait miroiter le projet d’un nouvel hôpital. Mais plus de 10 ans après ,la construction de ce CHU reste une sorte d’arlésienne, d’autant que tout a été mis en place pour que son éventuelle construction échappe totalement aux entreprises de la Guadeloupe. »
Extrait de Guadeloupe. Crise du CHU : Pierre Thépot doit partir !

En juillet, avec le soutien de la population, le personnel, et les syndicats du CHU de Pointe-à-Pitre ont fait grève générale. Le genre de grève qui dure deux mois. Alors qu’il est question de santé, de vie et de mort de nos citoyens, les médias n’ont jamais fait autant de tapages qu’ils en ont fait avec Notre Dame…Le CHU n’a reçu aucun dons et l’État ne s’est pas non plus concrètement manifesté jusqu’au 17 septembre dernier. Un accord a été signé. Un « protocole d’accord » accepté par les organisations syndicales qui je l’espère sera à la hauteur des attentes des Guadeloupéens.

Mais ma Guadeloupe est forte…

Avec ma mère quand on a vu par la première fois Eli Domota, leader du mouvement Liyannaj Kont Pwofitasyon parlé aux caméras, on s’est dit nous y sommes. Le peuple manifeste haut et fort son mécontentement. Je dirais même sa volonté de ne plus subir la gouvernance de la France. C’était en 2009.

« La Gwadloup’ a pa ta yo, yo pé ké fè sa yo vlé »(La Guadeloupe ne leur appartient pas, ils ne feront pas ce qu’ils veulent dans notre pays »).

extrait de l’hymne du LKP

Oui ma maman et moi on est fières et contentes que ce mouvement ait vu le jour ! Il représente un cri puissant des guadeloupéens contre ce système oppressant social, économique, et racial qu’entretient la France avec la Guadeloupe. Un système, une volonté de nous laisser soumis.

« Ce mouvement a certainement démontré que, pour paradoxales qu’elles puissent paraître, les revendications des domiens en métropole cherchant à être considérés comme n’importe quels autres Français, et la lutte pour un développement endogène des DOM, débarrassés d’une situation coloniale insupportable, avec pour corollaire, une plus grande responsabilisation et une affirmation identitaire, loin de s’opposer, ont fait cause commune, sous l’étendard de la dignité […]

Le collectif a, en ces temps désenchantés de l’individualisme forcenée, renvoyé à la société guadeloupéenne un reflet valorisant d’elle-même et a permis à tous ceux qui le souhaitaient de dépasser le stade de consommateur passif auquel on entendait les cantonner pour s’inscrire dans une vision collective de l’avenir […] »

Extrait de LKP Guadeloupe : le mouvement des 44 jours

construire une conscience guadeloupéenne déterminée, engagée, ambitieuse prête à défendre son intégrité.

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Que se soit depuis Paris ou depuis Pointe-à-Pitre nous allons et faisons avancer les choses…

Je suis convaincue et persuadée que la Guadeloupe vivra « libre ». L’ests choses bougent, elles évoluent et cela se voit dans bien des histoires, des parcours et des exemples. Entreprenariat, musique, littérature, événementiel, agriculture… les Guadeloupéens sont des pié bwa solid’.

Doucement et surement les consciences se mobilisent pour construire une conscience guadeloupéenne déterminée, engagée, ambitieuse prête à défendre son intégrité. On ne nous fera pas croire que payer des produits 3 fois plus chers, être empoisonnés, nous laisser sans développement économique, en échange d’avoir un morceau de plastique qui dit que nous sommes français fait de nous des citoyens français.

Mon île je l’aime j’en suis fière et je veux la faire et la voir briller.

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Je tire la sonnette d’alarme comme bien d ‘autres l’ont fait, le font et vont continuer de le faire. Les Guadeloupéens vont investir dans leur peuple. Mon île je l’aime j’en suis fière et je veux la faire et la voir briller. Et si je ne suis pas là pour le voir, le jour arrivera où on va enfin et pour de bon briser les chaînes. Celles qui nous empêchent de cultiver nos terres et d’en faire du bénéfice, de permettre à nos générations de se former et s’éduquer sans avoir à aller en France, de devenir une nation économique totalement indépendante s’alliant avec les autres îles des Caraïbes.

*une tonne d’amour

Beingdrey blogueuse lifestyle

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