J’espère qu’un jour je pourrais voir dans les yeux d’une petite fille noire, son émerveillement devant des locs. J’espère que cette même petite fille en se couchant le soir rêvera qu’elle aussi à son tour, elle portera avec fierté des locs…

Le monde qui nous entoure alimente une narration puissante sur les cheveux et la féminité. Des contes de fées aux publicités, en passant par les films et les clips vidéo, « nos » icônes de beauté sont figées. Je ne dis rien de nouveau ici.  Cela est encore plus influent pour la femme noire et surtout la vision commune du cheveu crépu.

Le cheveu crépu est magique. Il peut se plier à toutes sortes de coiffures.
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Depuis ma naissance, je porte mes cheveux naturels. C’est ainsi que ma mère m’a éduqué. Elle, ma grand-mère et mes tantes m’ont toujours donné envie d’apprendre à les coiffer sans modifier leur nature. Du coup j’ai grandi sans me préoccuper de les lisser ou porter des perruques ou des tissages. L’idée de me les défriser ne m’a jamais tenté et je ne l’ai jamais fait.

Le cheveu crépu est magique. Il peut se plier à toutes sortes de coiffures. Au fil du temps j’ai saisi la beauté de mon héritage capillaire mais aussi appris à en prendre soin. 

J’adore mes cheveux. C’est un fait. J’ai choisi d’apprécier leur nature en me faisant des locs. Et, comme tout cheveu, mes locs poussent et nécessitent des soins. Si pour moi c’est une réalité quotidienne, pour beaucoup le caractère de mes cheveux provoque des préjugés négatifs, du dégout, des avis et des réactions qui me laissent perplexe… 

Mes cheveux ne sont pas là pour excuser les insécurités des gens

les plus belles femmes noire avec des dreadlocks

Bientôt huit ans. Cela fera bientôt huit ans que je porte mes locs, des mèches de cheveux qui s’entremêlent entre elles pour former une mèche plus épaisse.

En tant que femme noire la possession de mon identité capillaire a toujours été évidente et facile. En vérité je ne me suis jamais vraiment dit que je ne correspondait pas au modèle de beauté commun auquel tout le monde se réfère tout simplement parce que j’ai toujours trouvé les locs jolies !

En plus d’être associées à Bob Marley, Sanka de Rasta Rocket ou Whoopi Goldberg pour certains, les locs évoquent des images […] de vacances insulaires sans soucis…

Alors à chaque fois qu’on me pose une question du style « est-ce que tu les laves ». A chaque fois qu’on me demande « est-ce que se sont tes vrais cheveux », à chaque fois qu’on m’appelle rasta, à chaque fois qu’on me demande si je fume. Le sang monte dans mon cerveau et ma veine frontale fait son apparition. 

Est ce que mes locs ont l’air sales ? Ou peut être qu’elles puent ? Est-ce que parce qu’elles ont plus de deux centimètres de longueurs ce sont automatiquement des rajouts ?

En plus d’être associées à Bob Marley, Sanka de Rasta Rocket ou Whoopi Goldberg (vive la culture hein !) … pour certains, les locs évoquent des images de vacances insulaires sans soucis : noix de coco, palmiers et musique reggae. Vous voyez le tableau ? Un mode de vie très cool avec peu d’entretien.
Vu que je n’ai pas besoin de passer le peigne dans mes cheveux, je n’ai donc pas besoin de me coiffer et donc pas besoin de m’en occuper… Ce qui amène à des réflexions du type « ah mais t’es tranquille toi t’as des locs pas besoin de te coiffer ! ».
A l’inverse j’ai aussi droit à des « ça doit être difficile à entretenir non ? ». Pourquoi se serait difficile si je sais m’en occuper ? Noire ou pas, cheveu crépu ou non, chaque femme dans le cours de sa vie choisi ou pas d’apprendre à s’occuper de ses cheveux.

Certains se figurent une idée précise sur les locs. Le genre qui les embarque dans des préjugés, des réactions et des stéréotypes négatifs que j’ai du mal à tolérer.

Le meilleur du lot reste quand une personne sortie de là où elle est sortie, se met à toucher mes locs et sors un « oh c’est drôle »… (ça a dû m’arriver deux trois fois dans ma vie. Heureusement, sans quoi à mon avis, je serais déjà enfermée en prison pour homicide plus que volontaire)
Dans ces moment-là je suis sensée faire quoi ? Sortir mon regard de sauvage ? Refaire l’éducation des gens ? Rire bêtement ? 

Il n’y a rien de plus détestable que de ressentir que vos cheveux sont comme une bizarrerie dans le regard des autres. Qu’ils en deviennent une attraction parce qu’ils ne ressemblent pas aux cheveux de ces autres.

Je ne suis pas victime de ce genre de réflexions à longueur de journée (Dieu merci), mais en connaissance de cause, d’autres que moi si. Et j’ai toujours été touchée par ce que j’ai déjà pu entendre ou voir. Le pire pour moi reste ceux qui pensent vraiment que les locsés ne se lavent pas les cheveux… Que les locs ne sont pas une coiffure « convenable », que ce n’est pas beau…

Mais finalement qu’est-ce qui définit l’esthétique de ce qui est attrayant ? 
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Certains se figurent une idée précise sur les locs. Le genre qui les embarque dans des préjugés, des réactions et des stéréotypes que j’ai du mal à tolérer. Parce qu’ils ne savent rien des locs. A défaut je sais à quoi fait référence une femme qui se fait un brushing ou ce qu’est une lace wig, pourtant je ne fais ni l’un et ne porte ni l’autre…

Le caractère unique de mes locs

  • Femme noire avec des locs
  • Black woman with locs

Le meilleur moyen de respecter TOUTES les esthétiques culturelles est encore d’avoir une représentation égale de ces esthétiques dans les médias. Si une culture est seule à pouvoir écrire le récit des autres, il est évident que des tonnes de choses se perdent. On finit tous par adopter le modèle esthétique de cette seule culture qui écrit. 

Certes, les rastas fument de l’herbe, mais l’adoption des locs pour beaucoup de noirs a consisté et consiste encore, à défier les normes sociales oppressives. A se « rebeller » contre les normes occidentales de beauté. Celles mêmes qui réduisent les porteurs de locs à des individus qui «sentent l’herbe». 

Dois-je me taire et ne pas en parler ? Non. À bien des égards, rien n’a changé à ce jour sur la perception des locs et plus globalement sur le cheveu crépu. 
Cela ne choque personne de voir une femme noire avec des cheveux lisses, alors même que sa nature de cheveux est crépue ou bouclée. Par contre me voir avec des locs, là ça ne passe pas trop. Ça fait ethnique vous comprenez…

Pour certaines personnes de la communauté noire, ma décision de porter des locs est démesurée, de la pure folie. Je pense que le colorisme y est pour beaucoup et surtout au sein de la communauté noire. Le plus souvent parce que je ne peux (veux) pas porter mon cheveu lisse (par choix). Que je ne me fonds pas dans la masse. Parce que les locs ne font pas partie des canons esthétiques capillaires les plus représentés. Parce qu’elles me donnent l’assurance que les porter me rend jolie.

Chez d’autres communautés, mes locs paraissent ne pas être pas mes cheveux naturels, parce qu’elles sont belles, et brillantes. Parce qu’elles ne puent pas et ne font pas négligé. Parce que je peux faire des chignons, des tresses, des queues de cheval et plein d’autres coiffures avec. 

Si une culture est seule à pouvoir écrire le récit des autres, il est évident que des tonnes de choses se perdent. 
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Le lien entre les cheveux et l’identité noire ne peut être sous-estimé. Porter ses cheveux dans n’importe quel style « naturel » ou traditionnel (comme les locs) est une façon de tourner le dos à une société qui dit souvent aux noirs que leurs cheveux à l’état naturel ne sont pas assez beaux – que les cheveux courts sont acceptables (si vous êtes un homme) ou défrisés/lissés (si vous êtes une femme).

Avoir des locs, c’est juste une opportunité d’être moi-même. Tresses, afros, locs, vanilles, nattes, … Le cheveu crépu est comme ça, il peut avoir plusieurs aspects naturels. Les locs en est un parmi les autres. Oui je les lave, oui je fais des soins, oui je les coiffe, non ça n’est pas difficile à entretenir et non je ne suis ni rasta, ni une fumeuse de ganja. 

  • Black woman with locs and stereotypes about locs
  • Femme Afro avec des dreadlocks

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