Paris, 4 décembre 2019, 14h55.
Au moment où j’écris ces mots je ne suis pas encore arrivée à Accra. Je n’aurais jamais pensé une seule seconde que je réaliserai ce rêve finalement cette année… mais comme quoi la vie est pleine de surprises.

Aller en Afrique noire est un de mes plus vieux souhaits. Pour 2019 j’avais prévu de m’y rendre. L’année est passée et j’avais déjà projeté de reporter à 2020. Et puis une opportunité est arrivée. Me voilà à booker billets d’avion et chambre d’hôtel. Faire une demande de visa. Procéder à des vaccins, acheter des médocs contre le paludisme. Destination Accra, pour 11 jours pendant les fêtes de fin d’année !

(J’ai shooté pas mal de photos car ce voyage est vraiment symbolique pour moi. J’en ai gardé pour moi mais j’en ai aussi beaucoup à vous montrer !)

The Year of Return, Ghana 2019

2019 a été désigné l’année du retour par le gouvernement ghanéen. (Encore une fois la vie fait bien les choses car pour ma première au Ghana, pouvoir vivre ça c’est juste génial !)

« The Year of Return, Ghana 2019 », est une sorte de célébration commémorative qui invite chaque descendant d’Afrique et de sa diaspora, à revenir sur la « terre mère ». Un « appel au retour », pour se réunir dans la festivité, la joie et le partage pour rendre hommage aux esclaves dispersés et déplacés dans le monde, il y a 400 ans de cela.

Pour se rendre au Ghana et une fois sur place…

Durant mon séjour j’ai logé dans une sorte d’hôtel auberge à Osu. Un endroit où j’ai pu apprécier la vie locale sans touristes aux alentours.
Le personnel a été adorable. L’avantage avec l’emplacement de l’hôtel c’est qu’on avait tous les bons spots pas très loin.

 


Pour se rendre à Accra j’ai pris mes billets chez Egypt Airline (635€). Ce n’est pas la meilleure des compagnies mais ils font le job. 

Niveau formalités administratives, le gouvernement ghanéen demande un visa (50€).
La demande de visa nécessite d’avoir booké son logement sur place et d’être à jour niveau vaccin. Sans quoi impossible de constituer un dossier. Le mieux est de s’y prendre deux mois à l’avance pour le demander auprès de l’ambassade  (car il faut prendre un rendez-vous). Ou de passer par une agence. Ce que j’ai fait. J’ai payé 90€ avec l’agence Mondial Visa. C’est assez efficace et rapide (une semaine). 

Je suis aussi passée par la case vaccins : fièvre jaune. Le moins cher est à l’Institut Fournier, il faut compter 73€. Il faut aussi demander une ordonnance pour le médicament contre le palu (je vous recommande de prendre votre médicament à la pharmacie Place Monge, à 6€ le générique contre 23€ dans une pharmacie lambda.


Accra ne dort jamais…

À Accra il fait chaud dès 11h du matin on atteint les 37 degrés. Pourtant les Ghanéens ne chôment pas ! Face au manque d’emploi chacun se débrouille donc comme il peut pour s’en sortir. Beaucoup de locaux vendent des bouteilles d’eau, streetfood et plein d’objets du quotidien. Parfois j’avoue que c’est un peu pesant de se faire racoler partout où on va mais cela fait partie de la vie quotidienne.

Femmes, hommes et parfois enfants, ici c’est au plus débrouillard.

Pour un touriste la monnaie ghanéenne appelée Cidi, est très faible. Le coût de la vie ici est relativement bas ce qui permet de vraiment se faire plaisir. C’est aussi important de donner à chaque fois un pourboire selon moi. (Quand je voyage, je pars du principe que si je peux donner je donne). Dans certains cas on peut vous demander quelque chose (cela arrive fréquemment, comme quand je suis partie visiter certains lieux « touristiques », mais rien n’est obligatoire).

Accra, guide de voyage


Akwaaba* à Accra la douce et belle

Se déplacer et manger

Accra c’est aussi beaucoup de traffic. J’avais lu, je ne sais plus où, que le mieux est de partir deux heures avant si on souhaite se rendre quelque part. Ce n’est pas forcément vrai tout dépend de l’heure à laquelle on part.

Pour les déplacements le mieux est d’utiliser Uber et de choisir de payer en cash (ça revient un peu moins cher). Sinon les taxis aussi peuvent faire l’affaire, dans ce cas il ne faut pas hésiter à négocier. (Les taxis sont reconnaissables par la couleur jaune de leur plaque d’immatriculation) Dans les deux cas, cela ne coûte pas grand chose.

J’ai testé aussi le tro tros, transport local. Une sorte de mini bus. A prendre pour les petites distance. En fonction des heures les threw threw sont plein à craquer et on est pas à l’abris de panne en plein trajet ! Niveau prix rien ne bat le threw threw qui reste le moins cher des moyens de transports.

Le plaisir gourmand que j’adorais faire est de siroter de l’eau de coco fraîche et manger la chair. On en trouve partout ici. Les locaux en consomment beaucoup.

Niveau alimentation locale, je n’ai pas pu manger de la street food à mon grand désespoir mais c’est pour éviter tout problème digestif. Ma reco est de manger que ce vous pouvez voir préparé. J’ai mes adresses favorites (que je partagerais dans la deuxième partie de mon carnet de voyage) pour quand même apprécier un bon riz jollof. Le plus kiffant pour moi avec la cuisine locale, c’est de retrouver du piment dans quasi tous les plats. Quant à l’eau il ne faut boire que celle en bouteille.

*Bienvenue en Akan


Entre traditions, culture et modernité

C’est interessant de voir comment la culture et les racines jouent encore un rôle important dans la vie de nombreux Ghanéens. En même temps, les gens s’adaptent aux changements et comprennent les exigences de la vie avec un esprit ouvert et recherchent de nouvelles opportunités. Les habitants sont adorables et prêts à aider. On peut se rendre à Accra seul ou à plusieurs, l’accueil reste le même : chaleureux.

J’ai l’impression qu’Accra est vraiment une ville en devenir. Il y a déjà beaucoup de choses qui sont mises en place notamment pour valoriser l’activité touristique. Il est appréciable de profiter de la vie locale sans se sentir dans un environnement construit pour les touristes.

La langue officielle du Ghana est l’anglais mais il existe neuf langues nationales : l’akan (akuapem twi, asante twi, fanti), le dagaare, le dagbane, le dangme, l’ewe, le ga, le gonja, le kasem et le nzema. Beaucoup de Ghanéens connaissent également quelques mots de français appris durant leur scolarité.

Le Ghana est un pays culturellement riche. Riche d’une histoire forte mais aussi de coutumes. Les habitants sont toujours partant pour répondre à toutes les questions concernant leur histoire. Et souvent ils le font naturellement sans qu’’on leur demande.

Le dimanche c’est louanges au Seigneur. Les Ghanéens sont à 70% chrétiens. Il y a beaucoup d’églises un peu partout. Et on peut voir les habitants s’y rendre en nombre notamment pour le Sunday service.

Accra, fêter Noël au Ghana

Les lieux historiques d’Accra

Venir au Ghana a été l’occasion pour moi de mieux saisir certaines parties historiques de l’Afrique noire que j’avais pu lire. D’apprendre d’avantage sur l’histoire ghanéenne et de mieux saisir la conjoncture du pays. J’ai eu la chance de pouvoir me rendre sur des lieux à la fois forts symboliquement et empreints d’histoire.

Le musée de Kwame Nkrumah

Kwame Nkrumah Memorial Park and Museum-Ghana

Kwame Nkumah est certainement un des leaders emblématiques africains indépendantistes et panafricanistes, le plus connu. Président du pays dans les années 60, c’est un homme qui représente beaucoup pour les Ghanéens et l’Afrique plus globalement.

Kwame Nkrumah est celui qui mènera la Gold Coast, nom anciennement donné par l’Empire britannique pour désigner le Ghana, à l’indépendance en 1957.
Le parc qui porte son nom et le mausolée où résident sa tombe et celle de sa femme sont tout simplement magnifiques (Kwame Nkrumah Memorial Park, Kwame Nkrumah Mausoleum).

Je regrette quand même que le musée (Kwame Nkrumah Museum) qui lui est consacré ne soit pas mieux entretenu. (interdiction de prendre des photos une fois à l’intérieur).

Accra, Kwame Nkrumah Memorial Park and Museum-Ghana

Jamestown

Jamestown Fort Accra

Jamestown est originaire d’une communauté qui a émergé autour du fort britannique James du 17ème siècle, fusionnant avec Accra à mesure que la ville se développait.

En toute honnêteté une fois sur place je me suis sentie minable et honteuse d’être là. Jamestown c’est à la fois la beauté simple d’une vie quotidienne aux bords des eaux bleues de l’océan habitée par le far Jamestown Lighthouse. C’est aller pêcher le poisson pour le vendre au marché et ailleurs. Le laver l’écailler et le cuisiner. Mais c’est aussi la pauvreté aux yeux de tous. Ce village de pêcheurs, un des quartiers les plus pauvres d’Accra, laisse découvrir des familles qui vivent comme elles le peuvent dans l’insalubrité. Une vie de misère, entourée de plein de bâtiments coloniaux laissés à l’abandon.

En voulant rentrer dans ce qu’ils appellent le village, des racoleurs vous menacent presque de donner 20 cidi pour vous accompagner car ils affirment que c’est dangereux. Alors que pas du tout. On peut y accéder facilement sans danger. En fait la misère sur place est assez saisissante du coup on fait profil bas. Je recommande vivement de prendre le temps de passer par Jamestown pour voir et comprendre les aspérités sociales du Ghana (si possible sans « guide » ou quelqu’un qui se fait passer pour l’un d’eux. Ils ne sont pas les bienvenus)

Jamestown-Ghana
Jamestown-Ghana
Jamestown-Ghana
Jamestown-Ghana

L’Arche et le Parc de l’Indépendance

Le Black Star Square ou Independance Square est certainement le lieu le plus symbolique du Ghana. C’est le premier que j’ai visité une fois arrivée à Accra. J’ai eu la chance de pouvoir échanger avec le guide sur place. Une conversation gravée dans ma mémoire, pleine de réflexions, d’espoir pour l’Afrique et sa diaspora.

Cet endroit est en fait une place publique, construite à la demande de Kwame Nkrumah pour signifier la souveraineté du Ghana comme pays libre et indépendant, au gouvernement britannique.
Sur la place on retrouve l’Arche de l’Indépendance, pour commémorer l’indépendance du pays. Et le Black Star Monument : un arc avec écrit dessus « Freedom and justice », la devise du Ghana.L’arche est aussi couronnée d’une étoile noire. Cette étoile étant le symbole de la lumière vers la liberté pour le peuple ghanéen.

Face à l’Arche se trouve le Parc de l’Indépendance dans lequel on retrouve la Flamme de la libération de l’Afrique, allumée par Kwame Nkrumah. Ainsi que le Liberation Day Monument, érigé en l’honneur des vétérans de la Seconde guerre mondiale ayant combattu pour l’empire britannique.

Ce lieu rend hommage également à l’image de la nation ghanéenne, comme source d’inspiration de la libération des autres pays africains noirs colonisés.

Black Star Gate-Accra-Ghana

Le Fort de Cape Coast

Cape Coast castle Ghana

Depuis Osu, il faut compter trois heures pour se rendre à Cap Coast.

Le Fort de Cape Coast est le premier lieu historique marqué par l’esclavage que je visite. Pendant 45 minutes, j’ai essayé à travers les explications du guide de me forger dans ma tête le calvaire qu’ont vécu femmes, hommes et enfants passés par là. Ce château a servi de siège de l’administration britannique sur la Gold Coast de 1664 à 1877. (déplacé par la suite à Christianborg à Accra)

Entrer dans les cellules sans lumière, sans commodités, sans aération et confinées, de ce fort qui a été une des bâtisses les plus importantes de la traite négrière, m’a mis dans un état de mal être.
Entre les murs de ce château, des esclaves étaient « gardés », entre six à douze semaines dans des donjons en attendant d’être « transportés » vers le nouveau monde.

Je ne suis même pas vraiment entrée dans la première cellule au début de la visite. Le guide expliquait les conditions des esclaves enfermés ici… Sans toilettes, sans possibilité de se laver… Une fois sur ces lieux abominables tout ce que j’ai pu lire sur l’esclavage, est devenu encore plus violent et écoeurant…

Cape Coast castle Ghana

Martyrs of the Rule of Law statue

Martyrs of the Rule of Law memorial statue, Ghana.

Pour la petit anecdote je crois que la Court Suprême n’est pas vraiment un lieu de visite. On est tombée par hasard dessus, en marchant dans les rues d’Accra. Les rubans sur le bâtiment nous ont attiré.
Quand je suis m’y suis rendue avec ma pote, les gardes étaient carrément surpris de nous voir. L’un d’entre eux nous a demandé ce qu’on voulait. Je lui ai expliqué qu’on souhaitait visiter les lieux.

Il a pris le temps de nous expliquer l’histoire des trois juges martyrs de l’Etat de Droit (Martyrs of the Rule of Law). Il nous a autorisé à voir de plus près le mémorial construit pour leur rendre hommage, situé devant la Court Suprême.

En 1982, le juge Fred Poku Sarkodee, la juge Cecilia Koranteng Addow, le juge Kwadwo Agyei Agyepong et le major Acquah, un officier de l’armée à la retraite ont été enlevés de leurs domiciles et assassinés. Ces juges profondément convaincus par la valeur de la justice, devaient rendre un verdict qui ne plaisait pas au régime militaire de l’ancien président JJ Rawlings.

Leurs corps délibérément brûlés, pour ne laisser aucune preuve de leurs assassinats, seront malgré tout retrouvés en décomposition grâce à la pluie tombée ce jour là.

Une belle manière pour les Ghanéens d’afficher leur engagement pour la démocratie et une justice équitable. Bien que la court Suprême ne soit pas un monument c’est un lieu à visiter afin que l’on puisse vous raconter l’histoire des juges martyrs.

Beingdrey blogueuse lifestyle

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